Haiti Monde n°5

Pour une amitié haïtiano-dominicaine

 

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L’histoire est comme la mémoire. Elle est sélective et nous apprend avant tout à tourner des pages. Les Français et les Allemands peuvent en témoigner. En sept générations, ils sont passés de la guerre à la paix, du conflit à l’amitié. Jamais un Clemenceau ou un Bismarck, un Jaurès ou un Liebknecht n’auraient envisagé une amitié franco-allemande autour de laquelle se constituerait l’Union Européenne. Pourtant, ces frères ennemis, issus du même lit originel, reviennent de loin. Ils sont inextricablement liés. Le mot « France » est d’origine germanique et la confédération allemande a vu le jour à Versailles. Il n’empêche qu’ils se sont tués mutuellement jusqu’au jour où ils ont compris que le courage ne consistait pas à faire la guerre mais à construire patiemment la paix des braves. Ainsi des deux côtés du Rhin, de Gaulle et Adenauer se sont-ils réconciliés et ont-ils reconnu les erreurs du passé.

En Europe, comme ailleurs, les querelles de famille sont les plus difficiles à résoudre. Elles ne recèlent pas les seuls griefs du moment. Elles drainent des non-dits qui n’appartiennent pas toujours au domaine du dicible. C’est en cela qu’elles nécessitent de la hauteur et de l’abnégation pour les transcender. Elles sont nourries de discordes dont on sait qu’elles sous-entendent la dissociation de ce qui était joint ou qui devrait être naturellement joint. On ne se fâche qu’avec ses proches. La possibilité d’un différend entre Haïti et la République dominicaine est plus grande que celle d’un conflit entre Haïti et la Mongolie. La raison en est simple : Haïti et la République dominicaine ont plus d’affinité politique, historique et géographique. Quelqu’un disait des deux pays qu’ils sont les deux ailes d’un même oiseau. Il était dans le vrai le plus total. Toutefois, comme les Français et les Allemands, Haïtiens et Dominicains se sont fait du tort et, même dans les instants de paix, la confiance n’était pas toujours totale. Des deux côtés du morne Grime, les deux pays n’arrivent pas à dépasser les guerres, les invasions, les occupations territoriales, les massacres gratuits de population civile et la xénophobie qu’ils ont nourris durant les 150 dernières années. Toutefois, un jour ou l’autre et s’ils ne veulent pas se détruire mutuellement, pour prospérer ensemble, ils devront vider les contentieux et s’engager à construire la paix. Autour de cette paix peut-être se réalisera le rêve des intellectuels antillais de la fin du 19ème siècle d’une union politique des peuples de la mer des Antilles.

Éditorial de Fritz Calixte (n° 5)

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