editorial Haiti-Monde-n18

Published on avril 22nd, 2015 | by admin

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Haïti Monde n°18

Haïti, entre création artistique et quête de liberté

 

Haiti-Monde-n18

 

L’exposition «Haïti. Deux siècles de création artistique» qui a réuni plusieurs œuvres dit d’Haïti qu’il s’agit d’un pays imaginatif. Chaque œuvre exposée, chaque artiste représenté au Grand Palais entre le 15 novembre 2014 et le 19 février 2015 dernier, parle d’Haïti et dévoile son dynamisme créatif. Fait surprenant, le message détone par rapport aux informations véhiculées dans les médias. Les œuvres mobilisées font penser à une exposition «intégrale» au sens où les historiens conçoivent «l’histoire intégrale» comme la reconstitution d’une vie par le croisement de plusieurs champs. L’exposition a rassemblé aussi bien la peinture, la sculpture, la vidéo que des installations. Les arts presque dans leur ensemble étaient conviés pour dire Haïti. On y a découvert la vitalité créatrice d’un groupe qui veut témoigner de son expérience. Au fil des tableaux, au fil des œuvres, l’exposition montre Haïti autrement. Tout le contraire de l’Haïti qui défraie, de temps à autres, la chronique, au point qu’il ne serait pas injustifié de se demander si n’existe pas une Haïti chaotique, ingouvernable, économiquement vulnérable qui ne laisserait aucune place à celle qui se présente comme créatrice, rêveuse et qui montre la voie. Pourtant, l’exposition vient de révéler qu’il y a bien un seul et même territoire qui mène une double vie. Sauf si les deux vies se rejoignaient dans la belle et énigmatique formule d’André Gide: «L’art naît de contraintes, vit de lutte et meurt de liberté».

Ainsi on comprendrait que la création artistique haïtienne interpelle sans effacer la question du sens de son message. Que dit-elle ? A la sortie de l’exposition, les questions: « Que dit l’artiste ? » et « De quoi parle l’œuvre d’art ? » sont encore plus mystérieuses s’agissant de la création artistique haïtienne durant les deux cents dernières années. Certes ces questions sont aussi vieilles que le monde et tant qu’il y aura des hommes, elles se poseront et les réponses sont multiples, du « miroir qui reflète les contours d’une organisation sociale » à la « caisse de résonance de la vie en commun » jusqu’à la fameuse expression condensée de Hegel : « l’art est social », nous avons un nombre considérable de réponses nous disant une seule et même chose : « la création artistique, l’œuvre d’art parlent de la vie en société ». En ce sens, le destin d’une œuvre d’art est d’aller au-delà de son temps et de s’adresser aux époques à venir. L’œuvre d’art, comme on dit, résiste à la mort. Ceci étant si vrai que nous sommes toujours émerveillés devant les motifs laissés par des hommes dits primitifs dans des grottes près du Môle Saint-Nicolas ou à Lascaux. Sans s’en douter, ces artistes laissaient à la postérité le plus beau témoignage du passage sur terre de leur communauté; alors même, comme le voit Jean-Michel Basquiat, qu’ils ne pensaient pas réaliser des œuvres d’art quand ils dessinaient. En créant, ils ignoraient qu’ils léguaient aux hommes leurs émotions et à travers eux des pulsions qui ont jadis animé des espérances, bercé des rêves. Ces artistes d’un jour, ces artistes d’une vie, à Lascaux ou au Môle Saint Nicolas, dialoguent encore avec des spectateurs de notre temps et les entretenaient de leur temps. C’est peut-être dans cette conversation que réside le message de l’artiste et se trouve le sens profond de la création artistique. Les artistes qui ont, deux cents ans durant, créé sur cette terre d’Haïti ne racontent pas autre chose à la postérité que la quête collective de la liberté et la lutte continuelle que mène le pays pour conjurer les contraintes…

L’éditorial de Fritz Calixte (N° 18)


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