editorial Haiti-Monde-n13

Published on avril 22nd, 2015 | by admin

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Haiti Monde n°13

Le courage au temps du chikungunya

 

Haiti-Monde-n13

 

Cela aurait pu être le titre d’un roman : Le courage au temps du chikungunya. Il ne serait pas sans rappeler le livre de Gabriel Garcia Marquez : L’amour au temps du choléra. Il mettrait en scène comme dans le récit du Colombien, ce qui est le plus fondamentalement humain : le courage et le dévouement. Ce livre conterait le courage exceptionnel de petites mains qui élèvent des pyramides avant de se perdre dans l’oubli du temps. Elles sont dans l’entourage familial, dans les centres hospitaliers, dans les pharmacies. Elles ont apporté le réconfort aux personnes touchées par le chikungunya durant ce terrible été 2014 dans la région Caraïbe. Devant un mal nouveau dont elles ne savent pas toujours si elles-mêmes n’étaient pas en danger, elles ont calmé les inquiétudes en cachant la leur. Elles ont fait face à la furie du quotidien et ont écrit de nouveaux chapitres dans l’édifice de la solidarité ou selon le mot américain : « le care ». Ces mains anonymes ont donné l’exemple de l’héroïsme. C’est d’autant plus grandiose dans leur cas qu’elles l’ont fait dans le silence d’une chambre, dans la pénombre d’une salle d’hôpital ou dans un cabinet de consultation. Néanmoins, leurs efforts auraient pu être plus soutenus si leurs exemples étaient pris pour modèles et si la logique du « care » qu’elles mettaient en œuvre s’était prolongée dans la coopération entre sociétés liées dans une communauté de destin.

La communauté de destin entre peuples liés par l’histoire et la géographie quand elle est niée, n’est pas toujours sans conséquences. Elle conduit soit à des mensonges ou à l’augmentation des difficultés sans augmenter les bienfaits. Laurent Fabius, homme politique français et Premier ministre en 1986, en sait quelque chose. Il a longtemps affirmé en 1986 que l’explosion nucléaire de Tchernobyl était sans conséquences sur la santé des Français. Le nuage toxique qu’a libéré l’accident s’était arrêté au-dessus de l’hexagone. Il n’y avait, par conséquent, aucune précaution à prendre contre d’éventuels risques de cancer. Cette légèreté est sûrement pour quelque chose dans le ralentissement d’une carrière politique que l’on voyait s’achever au plus haut sommet de l’Etat. Les Français se sont fiés à cette déclaration et n’ont pas cherché à se protéger. Quand des années plus tard, on a constaté des cas de cancers de la tyroïde en augmentation, il n’a pas fallu longtemps pour faire le lien avec l’accident en URSS. Cet incident malheureux a relevé qu’une coopération entre nations soumises aux mêmes difficultés aurait aidé à réduire les effets.

Le chikungunya s’est abattu sur la Caraïbe. Il a procédé tel un spectre : voguant d’île en île. Il n’a épargné aucun territoire. Il a tout simplement rappelé aux habitants de cette région leur communauté de destin et la nécessité de se rapprocher. D’un point à l’autre de l’arc antillais, les hommes sont logés à la même enseigne. Si l’histoire ne le rappelle pas assez la géographie le confirme de temps en temps. Les Caribéens et Antillais doivent se parler pour se prémunir et entreprendre ensemble le progrès social. Certes, en Guadeloupe, aux Bahamas, en Haïti ou en République dominicaine, le chikungunya a reçu une forte résistance. Pour le voir, il faut aller au CHU de Pointe à Pitre, à l’HUEH de Port-au-Prince, au Centre hospitalier de Nassau. Partout des équipes ont travaillé pour contrer la progression de l’épidémie et soigner les patients. Ils l’ont fait avec un grand courage qui suscite l’admiration.

Toutefois, ce courage aurait pu se transformer en une chaîne de l’espoir si toutes les communautés souffrant de la même épidémie s’étaient donné la main pour apprendre les unes des autres. Victime du chikungunya, les territoires caribéens l’ont affronté en ordre dispersé. Le sera-t-il toujours permis ?

L’éditorial de Fritz Calixte (n° 13)


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