Haïti Monde n°12

Mettre la francophonie au service d’un idéal

 

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Les 28 et 29 novembre prochain, l’Organisation Internationale de la Francophonie, changera de secrétaire général. Abdou Diouf, après 12 ans de service, cédera sa place à un successeur. Pour l’instant, 4 prétendants se préparent à relever le défi et parmi eux, l’Haïtiano-Québécoise Michaëlle Jean. L’important n’est pas tant le changement de personne qui va s’opérer que le changement de cap qui doit être introduit au sein d’une institution en quête d’un nouveau souffle. L’ancêtre de ce qui allait devenir l’Organisation Internationale de la Francophonie est née en 1970 de la volonté surtout des pays francophones d’Afrique. L’ancienne métropole a pris le train en marche. Elle l’a fait quand elle a vu que ses efforts pour l’arrêter étaient vains. Actuellement, les pays qui ont le français en partage représentent plus de 230 millions de personnes. 70% des francophones vivent en Afrique, en Asie et dans quelques territoires d’Amérique. Pendant longtemps, l’OIF s’est cantonnée à un rôle de facilitateur entre la France et les autres pays francophones. Elle apportait à l’Hexagone la preuve que les pays francophones ne s’emparaient pas de la langue de Voltaire. C’est depuis Boutros Boutros-Ghali qu’un changement s’est amorcé. L’OIF s’est impliquée dans des débats politiques, de droits humains et de démocratie. Abdou Diouf a poursuivi la ligne initiée par son prédécesseur.

Aujourd’hui, l’OIF doit à la fois consolider ses acquis, actualiser sa mission pour notre époque. Pour cela, elle a besoin d’être une autre Union Européenne, mais bâtie sur la proximité linguistique. Ainsi se fera-t-elle un instrument pour le développement et l’intégration des pays francophones, comme Michaëlle Jean l’a dit dans sa déclaration d’intention, comme le rapport de Jacques Attali sur la Francophonie vient d’en démontrer la nécessité. Cependant, un tel approfondissement de l’idéal des fondateurs de l’OIF est en soi un coup d’audace qui ferait évoluer l’institution dans son projet d’apporter plus de bien-être aux francophones du monde. Ce nouveau pari n’est pas sans risque. Il peut être plus rassurant pour le secrétaire général qui sera élu de continuer avec le déjà-vu. L’OIF, dans ce cas, pourrait, comme d’autres organismes internationaux, stagner à force de réchauffer ce qu’elle n’a cessé de faire depuis une quinzaine d’années. Par contre, inscrire l’OIF dans notre temps, faire de cette organisation une institution pour le développement économique et l’intégration politique des pays francophones demande un engagement particulier. Cet exercice nécessite des capacités de négociation extraordinaire. Pour un tel virage, il faut un secrétaire général qui ait l’habitude des dossiers complexes. Et s’il venait d’un pays pivot de la francophonie ne suscitant aucune crainte de visée hégémonique, cela l’aiderait à proposer une nouvelle vision aux pays membres.

Michaëlle Jean réunit ces critères. Elle est Haïtienne de Jacmel et Canadienne de cette province du Québec, qui de par sa situation d’oasis francophone dans un océan anglophone lui a permis de réaliser l’importance de la diversité linguistique. Le français, s’il est la langue commune des pays membres de l’OIF, ne peut pas être une langue impériale. Michaëlle Jean, créolophone, francophone et anglophone le sait plus que tout autre. Le français de l’OIF fera de la place à la diversité linguistique et culturelle. Au-delà de cette garantie qu’offre la candidature de Michaëlle Jean, son origine haïtienne lui servira également à ouvrir un chapitre de rapprochement et de mise en synergie des peuples de l’aire francophone.

Éditorial de Fritz Calixte (n° 12)


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