Haiti Monde n°11

A quoi sert l’université ?

 

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A première vue, l’université paraît une institution comme une autre. Si tel est le cas, comment expliquer de l’Europe à l’Amérique latine en passant par l’Amérique du Nord qu’on réforme les universités et précise ses critères de qualité et de bonne gouvernance ? L’université est certainement plus importante si des pays aussi différents que France, Chine, Cuba et États-Unis la placent au cœur de leur politique de développement et de progrès social. Aucune nation ne peut délaisser l’Université sans risquer de se priver d’un instrument indispensable pour sa continuité et sa rénovation. Haïti, sur ce point, semble vouloir défier toutes les règles. Le budget total des universités publiques et privées haïtiennes ne dépasse pas cent millions de dollar. Le pays compte seulement 40 000 étudiants pour une population de 10 millions d’habitants. A titre indicatif, la République dominicaine dénombre 375 319 étudiants pour une population similaire. Ce pays est plus proche des normes internationales qui recommandent à chaque État d’avoir 4% de sa population à l’université. A défaut de pouvoir multiplier par 10 le nombre actuel d’étudiants, Haïti doit au moins rattraper la République dominicaine, qui elle a promulguée la loi régulant l’établissement et le fonctionnement des institutions d’enseignement supérieur en 1966. Pour parvenir à une telle prouesse, il y aura toute une révolution à accomplir.

 

La publication, cette année, des résultats du baccalauréat école par école vient montrer l’ampleur du chemin à parcourir. Les 400 000 bacheliers à faire entrer dans l’université haïtienne ne tomberont pas du ciel. Ils seront l’aboutissement d’un programme de scolarisation universelle viable qui amènera 4 fois plus de réussite aux examens de terminale. A ce stade, le pays aura réalisé sa tâche à moitié. Il aura rendu les études supérieures accessibles au plus grand nombre. Le plus important pourtant restera à effectuer et consistera à construire une université d’excellence. Ces objectifs passeront par la redéfinition de l’autonomie de l’Université et d’une politique de l’enseignement supérieur de qualité impliquant tous les acteurs et partie prenante. Elle doit pouvoir former pour donner à l’État, la société et au monde socio-professionnel le personnel dont ils ont besoin. C’est par ce biais qu’elle poursuivra sa mission de faciliter l’épanouissement de l’homme haïtien, d’offrir aux talents l’accompagnement nécessaire à leurs éclosions et d’être le laboratoire où les idées nouvelles prendront forme pour faire émerger l’Haïti de demain dans son rapport avec elle-même, notre région et le reste du monde.

 

Ce parcours qui résultera d’une lutte de longue haleine sera faite de petites actions et de grandes concertations. Depuis la chute des Duvalier, on évoque la réforme de l’enseignement supérieur en Haïti. La constitution de 1987 a accordé une place centrale et des privilèges importants à l’Université d’État d’Haïti. Pourtant, la plus grande institution d’enseignement supérieur haïtien n’a jamais su établir avec l’État et les autres corps de la société des échanges de bons procédés pour mieux accomplir sa tâche. Au lieu de cela, l’Université d’État d’Haïti s’est refermée sur elle-même, dans l’attente d’une loi sur la réforme de l’enseignement supérieur, et a confondu engagement et responsabilité. Ses gouvernances ont plus eu le souci de sa préservation que celui de la rénovation de l’institution. C’est avec ces façons de faire que l’Université d’État d’Haïti devra rompre pour se poser en fleuron et modèle de l’enseignement supérieur haïtien. Car si rien n’est fait l’université haïtienne se délocalisera en République dominicaine. Déjà, aujourd’hui, il y a presqu’autant d’étudiants haïtiens en République dominicaine qu’en Haïti…

Éditorial de Fritz Calixte (n° 11)


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