Haiti Monde n°10

La bataille que Cuba a gagnée…

 

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Après des combats épiques à la Sierra Maestra dont le récit jalonne des pages entières, Fidel Castro, Che Guevara et Camilo Cienfuegos entraient à La Havane renverser le dictateur Fulgencio Batista. Les soldats de circonstance de la bande de Castro arboraient fièrement leur barbe idéologique. Ils n’imaginaient pas le parcours qui serait le leur ; tout au plus voulaient-ils instiller plus de justice sociale dans une société sclérosée par la dictature et les inégalités. La révolution cubaine était en marche. 1959 fut pour ces trentenaires une annus mirabillis. Mais le rêve fut de courte durée. L’espace d’un cillement, l’oncle Sam décida de tuer dans l’œuf cette révolution réalisée dans son arrière-cour où prévaut le sacro-saint credo : « l’Amérique aux Américains » – sous-entendez sur le continent tout se fait par et pour les Américains. D’importants moyens ont été déployés pour contraindre les nouveaux apôtres de l’égalité à capituler. De toute part, l’île était assiégée. Rien ne filtrait. Cuba devait réussir seul ou céder. Le pays de José Marti choisit la première option. 55 ans après, force est de reconnaître que Cuba a en grande partie gagné son pari. Au baromètre des variables de l’Occident, l’île affiche des chiffres insolents. L’espérance de vie est comparable à celle des pays riches. L’alphabétisation est totale. Le pays dispose d’un médecin pour 148 habitants. Aucun pays du monde développé ne peut se targuer de tels chiffres. Pourtant, la révolution n’a pas accouché de toutes ses promesses. Tout ne va pas pour le mieux au royaume des Castro. La liberté promise n’est pas totalement au rendez-vous. Fernandez Martinez Heredia, philosophe attitré de Fidel Castro, a confié un jour à l’Ecole Normale Supérieure de Port-au-Prince, qu’« à la veille de la révolution il y avait pluralisme des idées. Cependant, peu de gens savaient lire et écrire. Aujourd’hui le pluralisme a disparu alors qu’il n’y a plus d’analphabétisme à Cuba ». Saisissant paradoxe, s’il en est. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Le blocus américain, Cuba ne l’a pas vaincu. La victoire cubaine est ailleurs et elle est plus retentissante. Sur ce point, les Américains ont travaillé pour Cuba. Les Français diraient : « travailler pour le roi de Prusse ». Avec le blocus, l’oncle Sam a forcé la porte de l’histoire pour faire entrer les vainqueurs de la Sierra Maestra. Les efforts du grand voisin ont eu des résultats contraires à ses attentes. La révolution cubaine est née dans la contrainte. Il lui a fallu une vie de lutte pour résister et elle l’a eue avec le blocus américain. Non contents de résister, les barbus de 1959 ont trouvé la meilleure des façons d’exporter leur sens de l’humanité et de la solidarité. Ils envoient des médecins partout dans le monde chaque année pour montrer par l’exemple que le castrisme est un altruisme. Le modèle est d’autant plus frappant qu’il s’affirme dans un monde qui encense l’intérêt au point de voir en l’homme un simple être de besoin.

Néanmoins, le défi cubain est à venir. Le pays affronte les difficultés sans peur. Il se serre la ceinture et affiche sa dignité. Les Cubains savent que rien n’est facile ; comme ils disent : no es fácil. Pourra-t-il toujours en être ainsi ? L’embargo ne durera pas toujours. Tôt ou tard, le régime devra s’assouplir ou faire place à des responsables qui donneront plus de liberté individuelle aux citoyens. Est-ce que le castrisme disparaîtra de liberté ?

Éditorial de Fritz Calixte (n° 10)

 


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