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Published on avril 21st, 2015 | by admin

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Haiti Monde n°8

L’identité nationale n’est pas un sanctuaire

 

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Le débat sur l’identité nationale a fait couler beaucoup d’encre au temps de la présidence de Nicolas Sarkozy en France. Le président a voulu être calife à la place des Le Pen en allant pêcher des votes dans les eaux troubles du Front National. La question de l’identité nationale ne fait pas seulement recette en France. Ailleurs en Europe, elle est également porteuse pour des politiciens en mal suffrages. En Suisse par exemple, elle vient d’être au centre d’un débat qui a connu son couronnement en février dernier lors du référendum sur l’immigration. Les Helvètes ont voté la limitation du nombre des étrangers dans leurs cantons notamment des Européens. Dans la Caraïbe aussi la même question se pose. Les Bahaméens entre autres s’estiment mal alaise dans leur propre pays par rapport à la présence des étrangers. N’en parlons pas des Dominicains ou des Guadeloupéens.

Loin d’être un simple débat, la question de l’identité nationale est une vraie préoccupation de notre temps. Elle doit être traitée avec pédagogie. Les natifs qui ont le sentiment que leur pays se transforme avec la présence des immigrés n’ont pas tort. Sauf qu’ils vivent ce changement en gardant au cœur la nostalgie d’un temps où il faisait bon vivre sans les étrangers. Pour eux, le métèque, l’étranger est source de désagrément.

Les politiciens en quête de popularité n’expliquent pas à leurs concitoyens les évolutions inévitables de la société. Ils mettent l’accent sur des politiques à courtes vues et occultent le fait que l’immigration est la marche du monde. Tout habitant de cette planète a des origines qui viennent d’ailleurs. Aucune frontière n’est imperméable. Elle laisse entrer et sortir. La France est une terre d’immigration. Elle a reçu les Italiens et les Portugais dans un passé récent. Elle est aussi un pays d’émigration. Les Français sont plus de 3 millions dans le monde. Ils apportent l’art de vivre français dont ils font don à leur territoire d’accueil en guise de contribution à l’identité nationale.

Or pour les Suisses, la présence du Français ou d’un autre Européen dans la confédération est un désavantage. Pourtant, si les politiques avaient pris le temps d’expliquer que les étrangers ajoutent à la culture helvète et participent à la création de la richesse nationale, les citoyens auraient vu l’immigration comme une chance.

Ainsi, l’identité nationale ne se mesure pas à l’aune du passé. Sinon, ce regard prouvera qu’elle est changeante et dynamique. Elle évolue avec le temps. L’identité nationale en France au début du 20ème siècle n’est pas celle de la fin du même siècle. Elle s’est transformée d’ascendants aux descendants, de génération en génération et des fois durant une même génération. Elle intègre les techniques nouvelles et les habitudes venues d’ailleurs. Elle est le nouveau qui deviendra ancien. L’ancien est connu et le connu est rassurant. Le nouveau est un horizon. Il suscite la crainte. Mais, à chaque fois, l’expérience a prouvé que cette crainte était infondée. L’identité nationale d’un peuple a incorporé, incorpore et incorporera toutes les confluences. Elle n’est pas fixée dans le marbre une fois pour toute et est en perpétuelle recomposition.

Éditorial de Fritz Calixte (n° 8)


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